Quotes
Scève
Tu es le Corps, Dame, & je suis ton umbre,
Qui en ce mien continuel silence
Me fais mouvoir, non comme Hecate l’Umbre,
Par ennuieuse, & grande violence,
Mais par povoir de ta haulte excellence,
En me movant au doulx contournement
De tous tes faictz, & plus soubdainement,
Que lon [=l’on]
ne veoit l’umbre suyvre le corps,
Fors que je sens trop inhumainement
Noz sainctz vouloirs estre ensemble discords.
Montaigne
Je propose une vie basse, et sans lustre : C'est tout un, On attache aussi bien toute la philosophie morale, à une vie populaire et privee, qu'à une vie de plus riche estoffe : Chaque homme porte la forme entiere, de l'humaine condition.
Les autheurs se communiquent au peuple par quelque marque speciale et estrangere : moy le premier, par mon estre universel : comme, Michel de Montaigne : non comme Grammairien ou Poëte, ou Jurisconsulte. Si le monde se plaint dequoy je parle trop de moy, je me plains dequoy il ne pense seulement pas à soy.
Mais est-ce raison, que si particulier en usage, je pretende me rendre public en cognoissance ? Est-il aussi raison, que je produise au monde, où la façon et l'art ont tant de credit et de commandement, des effects de nature et crus et simples, et d'une nature encore bien foiblette ? Est-ce pas faire une muraille sans pierre, ou chose semblable, que de bastir des livres sans science ? Les fantasies de la musique, sont conduits par art, les miennes par sort. Aumoins j'ay cecy selon la discipline, que jamais homme ne traicta subject, qu'il entendist ne cogneust mieux, que je fay celuy que j'ay entrepris : et qu'en celuy là je suis le plus sçavant homme qui vive. Secondement, que jamais aucun ne penetra en sa matiere plus avant, ny en esplucha plus distinctement les membres et suittes : et n'arriva plus exactement et plus plainement, à la fin qu'il s'estoit proposé à sa besongne. Pour la parfaire, je n'ay besoing d'y apporter que la fidelité : celle-là y est, la plus sincere et pure qui se trouve. Je dy vray, non pas tout mon saoul : mais autant que je l'ose dire : Et l'ose un peu plus en vieillissant : car il semble que la coustume concede à cet aage, plus de liberté de bavasser, et d'indiscretion à parler de soy. Il ne peut advenir icy, ce que je voy advenir souvent, que l'artizan et sa besongne se contrarient : Un homme de si honneste conversation, a-il faict un si sot escrit ? Ou, des escrits si sçavans, sont-ils partis d'un homme de si foible conversation ? Qui a un entretien commun, et ses escrits rares : c'est à dire, que sa capacité est en lieu d'où il l'emprunte, et non en luy. Un personnage sçavant n'est pas sçavant par tout : Mais le suffisant est par tout suffisant, et à ignorer mesme.
Icy nous allons conformément, et tout d'un train, mon livre et moy. Ailleurs, on peut recommander et accuser l'ouvrage, à part de l'ouvrier : icy non : qui touche l'un, touche l'autre. Celuy qui en jugera sans le congnoistre, se fera plus de tort qu'à moy : celuy qui l'aura cogneu, m'a du tout satisfaict. Heureux outre mon merite, si j'ay seulement cette part à l'approbation publique, que je face sentir aux gens d'entendement, que j'estoy capable de faire mon profit de la science, si j'en eusse eu : et que je meritoy que la memoire me secourust mieux
Montaigne
Ronsard
En pluye d’or goute à goute descendre
Dans le beau sein de ma belle Cassandre,
Lors qu’en ses yeulx le somme va glissant.
Je vouldroy bien en toreau blandissant
Me transformer pour finement la prendre,
Quand elle va par l’herbe la plus tendre
Seule à l’escart mille fleurs ravissant.
Je vouldroy bien afin d’ aiser ma peine
Estre un Narcisse, et elle une fontaine
Pour m’y plonger une nuict à sejour:
Et vouldroy bien que ceste nuict encore
Durast tousjours sans que jamais l’Aurore
D’un front nouveau nous r’allumast le jour.
Scève
Tu es le Corps, Dame, & je suis ton umbre,
Qui en ce mien continuel silence
Me fais mouvoir, non comme Hecate l’Umbre,
Par ennuieuse, & grande violence,
Mais par povoir de ta haulte excellence,
En me movant au doulx contournement
De tous tes faictz, & plus soubdainement,
Que lon [=l’on]
ne veoit l’umbre suyvre le corps,
Fors que je sens trop inhumainement
Noz sainctz vouloirs estre ensemble discords.
Mandressi
“L’histoire de l’anatomie est une histoire de conquête et d’invention. La conquête s’est faite par les armes, et l’invention fut double: d’un côté, celle des methodes, des pratiques pour mener cette conquête, de l’autre, celle des objets conquis. L’arme première de l’anatomie est le scalpel, naturellement, mais aussi la main nue. La méthode de la conquête est la dissection, le découpage, la division. L’objet conquis est le corps. Suivre les trajectoires historiques de l’anatomie revient donc à reconstruire les péripéties de cette conquête qui inventa ses méthodes et son objet. Autrement dit, l’histoire de l’anatomie est aussi l’histoire d’une invention du corps. On acceptera cette affirmation si l’on accepte que le corps architectural, segmenté, cartographié, sec, mécanisé, n’est pas le corps naturel mais le produit d’une opération culturelle.
Gargantua
Rabelais